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Par le seau fragile d'une procession végétale, de pichet en pichet, lentement l'eau monte par les murs solides du rectangle ministériel où j'habite, et, épuisés de guetter le même acte, mes yeux restreints à ce sommet confondent la passion de la mémoire et troublent la physionomie du destin.
Où est la réalité ?
Dans les gonds stériles de l'ambre je suis inondé d'éléments sans sens, et, rare, dans cet épisode de poterie suspendue, je cherche le miracle secret d'autres yeux, mains et mots mystérieux qui inventent une aube sans interruption, et, dans un acte, entre les heurtoirs sans visages, énumèrent chaque angle sans lumière.
Distant de la verticalité de cette prison, dans un grenier sans confins, j'explore une identité sans frusques, et, convaincu d'être ce que par des coups ils niaient, j'assume l'exercice d'être libre et donne nom au quantum qui tomba dans le vide puis réapparut mal informé dans un autre lagon, sans se souvenir de son épuisante trajectoire.
Qui suis‑je ? Qu'est ce que je fais dans cette fente ? Comment suis-je monté à ces latitudes ?
Tant de configurations qui viennent au vertige de mon âme, m'usent dans cette balançoire, je ne peux définir qui je suis.
Mon creuset insiste pour rêver avec des tordus canifs d'autres terres et la mâchoire cassée d'une Linotype qui, de trop déchiffrer la connaissance de l'homme, décéda avant la dernière composition.
Où est la réalité ?
Il n'y a rien ! Il n'y a personne ! Je suis seul !
Du vertige à l'image en état de suspension, il y a une tannerie frisée dans les interrogations, où se suspendent les traces d'autre sève comme les décombres du paysan qui s'est voilé dans la cactée ivres de l'absence ; sans nom ni baiser d'adieu.
--------------------------------------------- Histoire de la Nuit. Montréal : l’Hexagone, 1999 ISBN 289006-619-3
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