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Les mémoires opaques
Élias Letelier

 

 

Les mémoires opaques

 

La nuit,

comme tant d’autres nuits,

réveille sur le déséquilibre horizontal

d'une solitaire feuille déserte,

la théorie verticale du muscle qui sommeille.

 

Par exemple,

je t’aimais,

et tu étais mienne, à jamais

et mon touché subtil

élevait un vertige de désespoir

jusqu'à ce que les sommets de tes lèvres

découvrent l'origine de leur esclavage.

 

Alors, amour,

les vers défendus

montent avec la sonorité de la transparence

aux murs mal-nourris

et les images parfaites

se réveillent avec leurs armures statiques

et tombent sur le touché voluptueux,

qui consolide le drame de sa musculature

dans un palais si fin.

 

Lent, de pause en pause

fleurissant comme un épi

d’une suspendue falaise jaune,

je me nourri de la danse spirale

de l’abrupte écart humain,

où les visages se touchent avec la mémoire

et nous sommes deux êtres que nous ne sommes pas,

perdus dans le vertige

d'un transparent pollen irrévocable.

 

Nous étions un bref résumé de l'univers :

les pétales qui dansaient sur les échelons de l'air

et disparaissaient à cause du monopole de son audace,

après avoir naviguer sur tant de territoires sans lumière,

s’endorment dans le secret nocturne du baiser.

 

Ainsi,

tu arrives jusqu'à moi,

et tu es l'air majestueux

qui ébranle le berceau de l'éclair

jusqu'à ce que le chantier du sel,

avec son monastère de sable,

se réveille sur l'écorce de ma poitrine

et la nuit devient un océan parfait

et tu tombes morte,

tu t'en vas.

 

De cette façon s’achève la nuit,

le poème dégoutte sur un « Kleenex »

et seulement reste la nostalgie

de quelque chose qui s’est passé.